La singularité comme avantage et impératif
« Le retard n'a de sens que pour celui qui s'est engagé dans la course, il n'en a aucun pour celui qui ouvre un nouveau chemin. »
Anne Alombert, De la bêtise artificielle
Chaque dîner Tandem laisse quelque chose ici : la conversation en préparation un contre un avant le rassemblement, les réflexions et les questions avec lesquelles nous sommes arrivé·e·s ou qui ont émergé au cours de la soirée.
Nous partageons ici une partie de ce qui nous est resté pour approfondir la conversation et soulever les questions qui comptent. Comme on l’a entendu dire, "AI is philosophy on a deadline" ("l’IA, c’est de la philosophie avec une échéance"), ces questions revêtent donc une importance capitale.

Cet été, nous prenons un moment pour apprécier cette première saison de Tandem avant de vous retrouver avec joie et curiosité à la rentrée. Depuis le mois de décembre, nous avons organisé dix dîners dans deux villes, sept à Paris et trois à Berlin, autour de nos trois premiers thèmes. Chaque soirée réunissait un mélange différent de chercheur·se·s, d'entrepreneur·se·s, de praticien·ne·s et d'autres profils passionnants.
Les conversations qui en sont nées étaient exactement ce que nous espérions en lançant ce projet. Pour marquer la fin de la saison, nous partageons un récapitulatif de ces dix premières rencontres sous forme de série d'été, l'occasion de revisiter les idées, les salles et les personnes qui en ont fait ce qu'elles étaient. Merci à toutes celles et ceux qui étaient des nôtres. Il y en aura d'autres.
Début septembre, nous serons ravies de vous partager le récapitulatif de notre saison 1 ainsi que l'histoire de Tandem. Inscrivez-vous pour le recevoir.
Chaleureusement,
Marine et Margaux

Éléments de synthèse
Réflexions
« Le retard n'a de sens que pour celui qui s'est engagé dans la course, il n'en a aucun pour celui qui ouvre un nouveau chemin. »
Anne Alombert, De la bêtise artificielle
Les questions
Qu'est-ce que vous faites avec plus de plaisir qu'avant, grâce à ce que vous avez délégué ?
Que pouvez-vous faire maintenant qui aurait été inimaginable il y a trois ans ?
À quel moment avez-vous senti que l'outil prenait la décision à votre place ?
En quoi votre accès à l'IA constitue-t-il un avantage compétitif ? Et est-ce que cet avantage vous pose une question ?
Y a-t-il une version de votre pratique que l'IA a rendue plus fidèle à ce que vous vouliez vraiment faire depuis le début ?
Y a-t-il un usage de l'IA que vous refusez, non pas parce qu'il est interdit, mais parce qu'il contredit quelque chose que vous portez ?
Qu'est-ce qu'un tandem réussi avec l'IA vous a appris sur votre propre façon de penser ?
Quels espaces de lenteur ou de présence avez-vous choisi de ne pas optimiser ? Pourquoi ?
Avez-vous déjà jugé l'usage qu'un pair faisait de l'IA ? Qu'est-ce que ce jugement dit de vous ?
Éléments de synthèse
Réflexions
« Si ce que je fais se transforme, est-ce que ce que je suis professionnellement se transforme aussi ? »
Les questions
Quelle est la chose que l'IA pourrait techniquement faire à votre place, mais que vous ne lui délègueriez jamais ? Pourquoi ?
Comment distinguez-vous ce qui vous définit professionnellement de ce que vous avez simplement toujours fait ?
À quoi ressemble votre signature professionnelle post-IA ?
Qu'est-ce que vous maintenez aujourd'hui par habitude, par peur ou par identité plutôt que par impact réel ?
Avez-vous déjà repris à l'IA une tâche que vous lui aviez confiée ? Qu'est-ce qui vous a fait revenir ?
Dans un monde où l'IA peut presque tout produire, où réside encore la rareté et la valeur dans votre pratique ?
Quelles compétences continuez-vous à construire lentement, en résistant délibérément au raccourci ? Et qu'est-ce que cette résistance protège ?
Que voudriez-vous transmettre à quelqu'un qui commence aujourd'hui, sachant qu'il aura l'IA dès le premier jour ?
Éléments de synthèse
Réflexions
Les questions
Comment utiliser l'IA selon ses propres termes pour former sa propre « Team of One » de rêve ?
Qu'est-ce que tu ne veux délibérément pas automatiser, même si cela est déjà possible ?
Si tout le monde a accès aux mêmes outils, comment rester original et produire quelque chose de novateur ?
La « Team of One », est-ce une injonction de plus ?
Que reste-t-il de notre expertise et identité professionnelle quand l'IA peut produire le livrable en 10 minutes ?
Qui capture réellement la valeur créée par les « Teams of One » : l'individu, son entreprise ou son client ?
Comment une organisation valorise-t-elle quelqu'un qui déborde de sa fiche de poste sans risquer une trop grande charge mentale ?
Les « Teams of One » sont-elles les nouveaux athlètes de haut niveau ? Et si oui, qui est leur coach, leur agent, leur préparateur mental ?
Comment construire un espace de sécurité psychologique dans ce saut vers l'IA ?
Comment recruter et fidéliser une « Team of One » ?
Bourdieu avait-il raison ? L'IA recréera-t-elle un rapport socialement différencié au temps, les dominants avec le temps long, les autres piégés dans l'urgence de l'outil ?
Comment donner à un million d'adolescents cet état d'esprit ouvert, à grande échelle, sans perdre précisément ce qui le rend possible ?
Éléments de synthèse
Réflexions
March 24th, 2026
Note : Cet article sera traduit en français dès que possible.
Les questions
Quels sont vos plus grands espoirs et projets avec l'IA ?
Où l'IA est-elle une vraie partenaire et où peut-elle devenir un piège ?
Les LLMs imitent la métacognition (exprimer de l'incertitude, réviser un raisonnement), mais ils ne savent pas qu'ils le font. Qu'est-ce que cela change ?
L'IA peut nous aider à trouver un "flow" particulièrement grisant, mais il devient difficile de s'arrêter. Faut-il limiter la tentation du "one last prompt" ?
L'IA devait nous faire travailler moins, pas plus. Que s'est-il passé ?
Pas de friction, pas de limites, pas de pensée ?
Qu'est-ce que "savoir" veut encore dire quand tout est accessible en quelques secondes ?
Comment se former et à quoi dans un monde où l'IA est omniprésente ?
Qui décide de ce que l'on confie à l'IA et de ce que l'on garde ?
Comment converser avec une IA peut-elle nous rendre plus humains ?
Quels biais sont à l'œuvre dans les interactions avec les LLMs ?
Éléments de synthèse
Réflexions
22 avril 2026
Les questions
Est-ce qu'on gagne en fluidité ce qu'on perd en profondeur ? Comment peut-on s'en rendre compte ?
Qu'est-ce que l'IA change dans notre façon d'être présents aux autres et à soi ?
Après le risque d'atrophie cognitive, l'atrophie relationnelle ?
Où placez-vous la limite entre augmentation et substitution de votre propre pensée ?
Quel travail émotionnel ou relationnel déléguez-vous à l'IA ?
L'IA vous a-t-elle déjà révélé des angles morts sur vous-même ?
L'IA a-t-elle altéré l'image que vous aviez de vous-même ?
Avez-vous déjà remarqué que votre patience envers les humains avait diminué depuis que vous utilisez l'IA intensément ?
Qu'est-ce qu'une relation quand l'autre n'est plus nécessaire pour se sentir compris ?
Jugez-vous les gens qui développent des liens avec des IA ? Pourquoi ?
Y a-t-il des conversations que vous auriez eues avec un humain et que vous avez eues avec une IA à la place ?
Avez-vous donné un nom à vos outils IA ? Pourquoi, ou pourquoi pas ?
Peut-on concevoir des outils dont le critère de réussite serait la présence à l'autre plutôt que l'engagement ?
Qui devrait décider des limites de l'anthropomorphisme dans le design des interfaces ?
Qu'est-ce que la disponibilité permanente d'un outil fait à votre rapport au temps et à l'attention ?
Éléments de synthèse
Réflexions
28 mai, juin
« La confiance réduit la complexité sociale, simplifie la conduite de la vie en acceptant un risque. Celui qui refuse simplement d'accorder sa confiance restaure la complexité originelle et en assume la charge. Un tel degré de sur-complexité dépasse les capacités de l'être humain et le rend incapable d'agir. »


L'invitation initiale
"Penser de façon autonome, cela signifie réfléchir sa croyance et son incroyance, sa confiance et sa méfiance." Edgar Morin
"Nous attendons plus de la technologie et moins les uns des autres." Sherry Turkle
La confiance est ce qui nous permet d'agir sans tout vérifier. Sans elle, pas de société moderne, pas de relations, pas de décisions possibles. Nous l'accordons à des personnes, dont nous présumons les intentions, et à des systèmes, dont nous acceptons le fonctionnement.
L'IA brouille cette distinction d'une manière inédite. C'est un système d'une opacité radicale, que ses propres concepteurs ne comprennent pas entièrement. Le Foundation Model Transparency Index de Stanford (2025) chiffre cette zone d'ombre et la voit s'étendre : sur les treize plus grands modèles évalués, le score moyen de transparence est tombé à 40 sur 100, contre 58 l'année précédente. Et pourtant, ce système nous parle comme une personne, nous flatte, nous conseille, semble nous comprendre. La confiance que nous lui accordons n'est plus seulement celle qu'on prête à un outil fiable : c'est une confiance qui modifie nos manières de penser, de juger, de croire. Une bascule discrète s'opère, où s'externalise non seulement ce que nous faisons, mais ce que nous croyons.
Cette confiance accordée à la machine interfère avec une autre, plus intime : celle que nous nous accordons à nous-mêmes. Quand la voix du modèle devient plus forte, plus fluide, plus rapide que la nôtre, que devient notre voix intérieure ? L'IA peut nous rendre plus audacieux, donner forme à des intuitions restées muettes, élargir ce que nous nous sentons légitimes à entreprendre. Nous en sortons parfois diminués, doutant de notre propre jugement.
Elle interfère aussi avec ce qui se joue entre nous. La chercheuse d'Harvard Amy Edmondson a montré que la sécurité psychologique, cette capacité à prendre des risques interpersonnels sans craindre d'être jugé, est le premier facteur de la qualité d'un collectif, devant la fiabilité, la clarté des rôles ou le sens du travail. Or cette sécurité reposait sur une promesse implicite : ce qui se dit ici, dans le tâtonnement, ne sera pas retenu contre nous. Quand l'IA s'invite dans les conversations, transcrit, résume, archive, elle transforme la parole hésitante en trace permanente. Que devient la confiance entre nous quand un tiers non humain écoute toujours ?
La question ne se pose plus seulement à l'échelle individuelle ou relationnelle. Quand des millions de personnes accordent cette même confiance aux mêmes modèles, qu'advient-il du débat, de la pluralité, du réel partagé ? Le baromètre Edelman 2025 mesure une fracture mondiale qui en dit long : 87 % des Chinois disent faire confiance à l'IA, contre 32 % des Américains. La confiance dans la technologie n'est plus un fait technique, c'est devenu un fait politique. Dans son ouvrage « À l'assaut du réel », Gérald Bronner décrit un déplacement plus subtil que ne le suggèrent les récits alarmistes : il ne s'agit plus tant de se mentir sur le réel que de déserter le principe d'un réel commun. L'IA n'en est pas la cause, elle en est l'accélérateur le plus puissant.
Les questions
L'IA augmente-t-elle réellement ma confiance en moi, ou seulement ma capacité à produire ?
Est-ce que je saurais encore faire ce travail seul si on me le demandait ? Est-ce que j'ai encore confiance dans mes propres compétences ?
Quand je reçois un message, est-ce que je sais encore à qui j'ai affaire ?
Qui, dans mon organisation, est réellement responsable de ce que l'IA produit ?
Faut-il dire qu'on utilise l'IA ? Et si oui, comment, sans perdre la confiance qu'on cherche à honorer ?
Qui décide de ce sur quoi les modèles qu'on utilise sont entraînés, et selon quels intérêts ?
Peut-on faire confiance à un système d'IA sans pouvoir l'auditer ? Et si non, que signifie l'utiliser quand même ?
L'uniformisation des réponses produites par les mêmes modèles est-elle plus dangereuse que la polarisation des réseaux sociaux ?
Qu'est-ce qu'on garde à s'offrir entre humains, quand l'IA peut simuler la plupart des formes de présence ?
Éléments de synthèse
Réflexions
Que transmettons-nous au juste, quand l'époque se recompose plus vite que nous ne parvenons à la comprendre ?
« Les juniors gagnaient leur légitimité en traitant ce volume ingrat. C'était fastidieux et mal payé, mais c'était l'école. »

artisanat, compagnonnage, friction, beauté, émerveillement, doute, création, reliance, robustesse morale.
Les questions
Si l'intelligence devient une commodité, à quelles compétences former ?
Que reste-t-il à transmettre quand le savoir circule librement ?
Et si les jeunes diplômés étaient les mieux placés pour ce monde professionnel en émergence ?
Qu'est-ce qui, dans mon travail, perdrait sa valeur si l'on apprenait que c'est fait par une machine ?
Suis-je capable de former mon jugement sans m'appuyer sur l'IA à chaque étape, ou l'ai-je déjà oublié ?
Comment recruter et former des juniors sans exiger d'eux la productivité d'un senior équipé d'IA dès le premier jour ?
Où est la ligne, dans mon organisation, entre ce qu'on refuse de déléguer à l'IA et ce qu'on accepte d'automatiser sans état d'âme ?
Comment ne pas creuser l'écart entre ceux qui ont accès aux nouvelles voies de reconnaissance (portfolios, réseaux, mentors) et ceux qui n'y ont pas accès ?
Que reste-t-il à transmettre à la génération suivante quand l'école forme à des exercices que l'IA sait déjà résoudre ?
Qui décide de ce qu'une génération doit apprendre quand personne ne sait ce que le monde exigera d'elle ?
Les dîners Tandem ont lieu régulièrement à Paris et nous partageons des notes après chaque édition. Laissez votre adresse email pour être au courant des prochaines dates et thèmes.